« Attendez le printemps » pour le retour massif des migrants à Calais

A travers les vitres de son café, Au Cabestan, Laurent Roussel suit parfois du regard « un groupe de trois ou quatre migrants, discrets, mais si faciles à reconnaître ». Hier grande épicerie des Afghans et des Soudanais, le Lidl, en face, est redevenu une supérette comme les autres à Calais. Si, pour l’heure, le barman ne croise pas plus de dix exilés par jour en ville, il lance volontiers des « attendez le printemps », de l’air entendu de ceux qui ont vu se faire et se défaire plus d’un campement, au gré des coups de menton politiques.
Derniers partis de la « jungle » démantelée en octobre, les adolescents sont aussi les premiers à être revenus. La soixantaine de centres d’accueil et d’orientation pour mineurs (Caomi) ouverts à travers la France se vident peu à peu, en silence. Mis en place par l’Etat pour retarder l’entrée massive de ces adolescents étrangers dans le dispositif français d’aide sociale à l’enfance (ASE), ces centres d’accueil, créés hors cadre légal, courent après leurs pensionnaires.

« Sur la commune, il reste 8 jeunes sur les 36 du départ, alors que 4 seulement sont partis légalement en Grande-Bretagne dans le cadre du regroupement familial. Nos effectifs sont même descendus à 3 avant que la police n’en ramène quelques-uns », explique Bernard Marconnet, le maire de Châtillon-d’Azergues (Rhône). A Fouras-les-Bains (Charente-Maritime), Sylvie Marcilly en a vu 7 partir vers la Grande-Bretagne, sur les 20 qu’hébergeait sa commune. « Quatre auraient quitté le centre d’eux-mêmes, mardi », rappelle l’édile, inquiète aussi pour les deux jeunes que son département n’a pas reconnus comme mineurs. « Cet accueil manque de lisibilité. Les jeunes ignorent ce qu’ils vont devenir ; c’est humainement difficile », déplore-t-elle.

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