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Lille : une rentrée universitaire pour les réfugiés

78 ex-réfugiés de la jungle de Calais  vont avoir un an pour apprendre le français au sein des trois universités de Lille qui les accueillent. L’objectif : reprendre leurs études et obtenir un diplôme.

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Traducteur, journaliste et acteur, Khalid va apprendre le français à l’université de Lille.  Juliette Démas

La chambre est spartiate, l’accueil chaleureux. Des sacs de voyage sous le bureau, quelques jeux de société, du thé, des dattes. Khalid a emménagé dans la résidence du Crous il y a une semaine. Dans un an, il parlera français et pourra reprendre ses études. Pour l’instant, il ne connaît que quelques rudiments. « Ça va bien et toi? » 

Mercredi 7 novembre, avec 77 autres étudiants réfugiés, Khalid va reprendre le chemin de la fac. Une année de cours de langue les attend, à raison de 15 heures par semaine. « On a déjà fait un test de niveau, j’ai eu zéro. Je n’ai pas eu le temps d’apprendre le français dans la Jungle, on parlait anglais, arabe ou d’autres langues. » Répartis en quatre groupes, tous logés sur le campus de Villeneuve d’Ascq, les nouveaux étudiants seront soutenus par des élèves volontaires de l’université.

Le projet a commencé au printemps. Giorgio Passerone, professeur d’Italien, emmène ses étudiants lillois dans la Jungle. Très vite les liens se tissent. « On s’est dit qu’on allait faire quelque chose, tous ensemble. Et on a eu de la chance que l’université nous suive« , se réjouit le maître de conférences. Quarante, puis 80 places se libèrent dans les facultés de Lille. Le Crous met à disposition un bâtiment désaffecté, la Préfecture s’engage à aider, l’association l’Auberge des Migrants repère les candidats.

Un processus d’intégration

L’accueil est complet, et gratuit. « On n’aurait pas pu faire venir les élèves ici sans proposer un package avec le logement, analyse Philippe Vervaecke. Les gens qui sont arrivés sont heureux d’être là, ils sont motivés. Pour nous, c’est une cohorte normale d’étudiants. » Normale, mais sélectionnée. Pour obtenir une place, les réfugiés devaient avoir  entamé un cursus universitaire dans leur pays d’origine.

Au-delà du français, c’est un tout un processus d’intégration qui est mis en place. Léonore Bereksi, directrice des études de Français langues étrangères à l’université de Sciences et technologies, insiste sur les enjeux de ce parcours. « On ne va pas aborder que la langue et des points de grammaire. Nous allons aussi leur présenter le système universitaire, les faire participer à des événements sur le campus, parler des différentes cultures… » En vingt-quatre semaines de fac, les débutants devraient pouvoir atteindre le niveau B2, suffisant pour reprendre des études et valider leurs diplômes. « Tout dépendra de la manière dont on les aide à s’insérer dans la vie étudiante en France. La progression peut aller très vite, mais s’ils ne restent qu’entre eux ça mettra plus de temps. »

La normalité avant tout

De temps à autre, des étudiants bénévoles passent la porte de la résidence, pour apporter des objets ou rendre visite. Ils sont près d’une centaine à s’être mobilisés. Trouver des familles pour passer les vacances, organiser des collectes matérielles… Solène Mercier et Arthur Duplouy, en troisième année de licence d’Italien, s’occupent du soutien scolaire. Babak, Mohammad, Mohsen sont leurs amis « On ne les voit pas comme des réfugiés, insiste Solène. On les accompagne chez le médecin, chez le coiffeur, faire des papiers… Ils essayent de m’apprennent le persan. » Arthur sourit : « C’est de la géopolitique hors des livres. On a énormément à apprendre les uns des autres. »

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Mohsen, Mohammad, Babak, Moein et Reza découvrent la Vieille Bourse de Lille.

Khalid rallume la musique, chique du tabac. A 44 ans, il est l’un des doyens du groupe. « J’ai fait des études de traduction, de théâtre et de journalisme, au Soudan. » Forcé de quitter son pays natal pour avoir « parlé de paix, de vérité et d’amour à la radio« , il a vécu en Ukraine quelques années. « Mais j’avais envie de venir vivre en France. L’Ukraine, c’est un pays de mafia. » Depuis son arrivée en septembre 2015, il a vécu à Calais.

D’ici peu, il pourra reprendre des cours d’art dramatique, et peut-être monter un projet de film. Son scénario est déjà prêt : le voyage, du Soudan à Calais.