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Kurdish Iraqi women leave aboard a bus the "Jungle" migrant camp in Calais, northern France, on October 12, 2016, for a reception and guidance centre (CAO - Centre d'accueil et d'orientation).
France's top administrative court on October 12 approved the authorities' plans to shut down unlicensed cafes and stalls in the Calais "Jungle" migrant camp, which is set to be razed within weeks. Overturning a lower court decision in favour of the shopowners, the Council of State ruled their premises were "unhygienic" and a "serious fire hazard". Asylum seekers are to be moved to shelters around the country.
 / AFP PHOTO / PHILIPPE HUGUEN

Ce qu’on sait du sort des habitants après le démantèlement de la jungle

Lundi 24 octobre, la préfecture du Pas-de-Calais prévoit d’affréter 60 bus à destination des centres d’accueil et d’orientation (CAO) et 40 les deux jours suivants.Jusqu’à présent, ces bus étaient rarement pleins. Comment expliquer les hésitations des habitants de la jungle ? Auront-ils tous le droit d’être logés dans ces centres, sans distinction de nationalité, de statut ? Que va-t-il arriver à ceux qui refusent de quitter Calais ? Eléments de réponse. 

Kurdish Iraqi women leave aboard a bus the "Jungle" migrant camp in Calais, northern France, on October 12, 2016, for a reception and guidance centre (CAO - Centre d'accueil et d'orientation). France's top administrative court on October 12 approved the authorities' plans to shut down unlicensed cafes and stalls in the Calais "Jungle" migrant camp, which is set to be razed within weeks. Overturning a lower court decision in favour of the shopowners, the Council of State ruled their premises were "unhygienic" and a "serious fire hazard". Asylum seekers are to be moved to shelters around the country. / AFP PHOTO / PHILIPPE HUGUEN
Deux kurdes irakiennes prennent un bus à destination d’un centre d’accueil et d’orientation (CAO), le 12 octobre 2016. AFP

Ouverts à l’automne 2015, les centres d’accueil et d’orientation sont destinés à héberger temporairement les migrants qui vivent sur le territoire français. Ils assurent un hébergement de jour et de nuit, trois repas par jour, et une aide administrative pour demander l’asile en France. C’est principalement vers les CAO que le gouvernement prévoit d’envoyer les habitants de la jungle de Calais après son démantèlement. Pour plusieurs raisons, certains migrants s’y montrent réticents.

  • Rejoindre l’Angleterre plutôt que les centres d’hébergement français

Selon les chiffres communiqués par la police, entre 5 684 et 6 486 personnes vivent encore dans la jungle de Calais. Malgré les conditions de vie extrêmement difficiles, ils s’y sont installés dans l’espoir de rejoindre le Royaume-Uni. Dès lors, difficile de croire qu’ils accepteront tous de monter dans des bus à destination des diverses régions de France pour rejoindre les CAO.  Les associations présentes à Calais tentent d’expliquer aux habitants de la jungle leurs possibilités d’hébergement après le démantèlement, mais ce n’est pas pour autant que tous accepteront de monter dans les bus.

Le démantèlement risque donc de donner lieu à des affrontements entre les forces de l’ordre et certains habitants de la jungle. Elisabeth Fichez, présidente de l’association lilloise “Rail 59-62”, craint “une chasse impitoyable de ceux qui essaieront de rester à Calais”.

Devant le besoin urgent de trouver un toit une fois les abris détruits, il est possible que certains se laissent convaincre et rejoignent un CAO. Mais ils ne sont pas censés être hébergés plus d’un mois s’ils n’enregistrent pas de demande d’asile. A leur sortie des ces centres, ils seront donc clandestins.

  • Le sort des “Dublinés” encore en suspens

Tous les habitants de la jungle sont censés avoir le droit d’être hébergé dans un CAO français, afin d’être aidé dans leurs démarches pour demander l’asile. Mais qu’en est-il de ceux qui ont déjà demandé l’asile dans d’autres pays ? En vertu des accords de Dublin, les Etats doivent renvoyer les migrants dans le premier pays où ils ont demandé l’asile (sous réserve que ce pays accepte).

Au terme d’une concertation avec plusieurs associations (La Cimade, le Secours catholique…), le gouvernement a affirmé qu’il ferait une exception à cette règle. La procédure de Dublin ne sera pas appliquée “de manière coercitive” pour les habitants de la jungle, ce qui veut dire qu’ils pourront demander l’asile en France, et ce même s’ils avaient déjà déposé une demande et laissé leurs empreintes dans un autre pays.

Mais attention, pour le moment, on ne peut pas garantir que cet engagement sera tenu pour tous les migrants, sans distinction de nationalité ou de statut.

  • Où va-t-on conduire les personnes qui refuseraient de quitter Calais ?

C’est la grande inconnue : que va-t-on faire des habitants de la jungle qui tenteraient de résister lors du démantèlement ? La Cimade a relevé la réouverture récente de trois centres de rétention administrative (CRA), qui avaient été fermés : à Hendaye, à Strasbourg et à Plaisir, dans les Yvelines. “Il y a exactement un an, le gouvernement avait enfermé, en deux mois, 1 200 personnes en rétention aux quatre coins de la France. Avec pour objectif, non pas de les expulser, mais de les éloigner durablement du littoral et de Calais”, rappelait l’association le 19 octobre.
Toujours selon la Cimade, certaines nationalités exposées à des “risques graves” en cas d’expulsions, comme les Erythréens et les Syriens, ne seront pas enfermés dans les CRA. “Mais les Afghans, les Soudanais ou d’autres ressortissants tout aussi inexpulsables, ne seront pas à l’abri d’un enfermement en rétention”, prévient l’association.